Pourquoi on dit « bouc-émissaire » ?

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Un bouc-émissaire désigne un individu, un groupe, une population, etc, qui est pris pour cible pour endosser une responsabilité ou une faute des autres, bien qu’il soit innocent. Le bouc-émissaire peut venir d’une différence, d’un mépris, d’une colère ou d’un avantage qu’il peut avoir.

Une première origine du mot bouc-émissaire se trouve sur « le bouc à Azazel », qui porte les péchés, c’est-à-dire les mauvaises actions d’Israël. Dans la Bible, Dieu demande à Moïse de prendre un bouc pour porter les péchés des hommes, et Moïse envoie ensuite l’animal pour amener les péchés à Azazel, qui est un désert hostile et dangereux. Par la suite, la religion chrétienne parle de sacrifice. Ce sacrifice est aussi célébré chez les juifs par le Yom Kippour, le jour du Grand Pardon.

L’origine du bouc-émissaire peut aussi venir de la Grèce antique, où un rite de purification comprend une victime qui purge ou qui expie certaines fautes. Par extension cela désigne un criminel. Pour chasser une calamité ou une menace pesant sur la cité,  un individu ou un animal pouvait être désigné, le rite allant parfois jusqu’à la mise à mort.

Le mot latin est « caper emissarius » c’est-à-dire « le bouc envoyé dehors ». On retrouve l’idée de l’animal chassé en dehors de la cité, qui expie les fautes des autres.

Jean de la Fontaine en a fait une fable, dans les Animaux malades de la Peste. Elle parle de « ce pelé, de ce galeux d’où venait tout le mal » accusé sur un prétexte pour expier une faute.

«Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l’herbe d’autrui! quel crime abominable!

Rien que la mort n’était capable

D’expier son forfait: on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.»

Pour développer, René Girard analyse le symbole du bouc-émissaire comme un apaisement symbolique des pulsions agressives de l’Homme. Dans La violence et le sacré, paru en 1972, l’auteur analyse les rites sacrificiels comme des rites codés, organisés, conscients, qui amènent l’ordre dans une communauté. L’unanimité est ramenée contre une seule personne, et la violence ponctuelle permet la solidarité d’un collectif. Cette personne étant marginale (prisonnier de guerre, esclave, enfant informe, roi ou mendiant), le sacrifice du bouc-émissaire est un cas purement humain et social – et s’éloigne donc du religieux.

A lire sur :
https://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2015/02/le-bouc-emissaire.pdf

Le Bouc émissaire de l’Europe : le Juif et l’antisémitisme, caricature d’Abel Pann (1915)

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